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A QUOI SERT LA CELEBRATION DU 4 AVRIL ?

Posté par: Tamba Danfakha| Lundi 03 avril, 2017 23:04  | Consulté 352 fois  |  0 Réactions  |   

Les états, modernes ont, presque, tous un jour de commémoration d’une date importante dans leur histoire collective appelée fête nationale. Pour notre part, au Sénégal, cette date là est le 4 avril qui représenterait l’anniversaire de l’accès de notre peuple à la souveraineté nationale.En effet, le 4 avril 1960 notre pays, à travers ses dirigeants de l’époque, avaient négocié et obtenu de la France coloniale, le droit de décider, lui-même, de son sort et de sa destinée. Années après années, 57 ans après, notre pays célèbre, avec plus ou moins de fastes, cette date symbolique. Mais, suis-je tenté de me demander et de vous demander, quelle est la signification d’un tel cérémonial ? A quoi peut bien servir tous ces défilées militaires et civils, ces déclamations de l’hymne nationale, ces réjouissances ou, encore, ces fanfares et symboliques si étranges ?
Me vient en mémoire une autre date, d’ailleurs, au-delà de l’océan atlantique, le 4 juillet 1776, quand treize colonies anglaises d’Amérique proclamaient leur indépendance, par un vote du congrès, vis-à-vis de l’empire britannique. L’ébauche du texte de la déclaration d’indépendance fut écrite par le Président Thomas Jefferson, retravaillé par le congrès et amendé (notamment en ses points relatifs à la condamnation de l’esclavagisme pour ne pas fâcher les représentants sudistes au Congrès). Cet acte d’indépendance résulte d’une lutte intellectuelle (qui a commencée avec l’ouvrage de Thomas Paine dénommé « Common Sense» qui connut un succès de librairie impressionnant) et se poursuivit par de violents combats contre les exactions de l’empire britannique.
Qui a pensé l’indépendance du Sénégal ? Qui a discuté des termes de l’indépendance du Sénégal ? Qui a versé du sang pour l’indépendance du Sénégal ? Qu’avons-nous réussi à arracher aux envahisseurs ? Qu’avons-nous obtenu de notre déclaration d’indépendance ? Ces questions sont plus importantes que les réponses que l’on peut leur apporter au regard du folklore auquel les différentes célébrations intervenues depuis plus de cinquante ans nous donne, si désespérément, droit. 
Au moment où les autorités actuelles de notre pays se gargarisent de mots creux sur le sens civique des citoyens, je constate que nous continuons d’enseigner à nos enfants une histoire écrite par ceux qui n’avaient que mépris et commisérations pour nous.
Les héros que nous célébrons de NGalandou Diouf aux tirailleurs, en passant par Blaise Diagne, Lamine Guèye ou Senghor sont, tous, des collabos, de vils serviteurs des envahisseurs.
Nos rues, nos boulevards, nos places, nos édifices nationales portent, encore et toujours, les noms et les symboles des esclavagistes et colonisateurs d’hier. 
L’armée coloniale est toujours sur notre sol, notre monnaie est toujours la propriété de l’ancien colonisateur, nos élites sont et restent, toujours, asservies et aplaties devant l’oppresseur d’hier. Nos héros, les vrais, de Samory Touré à Cheikh Anta Diop ou Seydou Cissokho, en passant par Lat Dior NGoné Latyr, El hadji Omar Tall, El hadji Malick Sy, Alboury Ndiaye ou Cheikh Ahmadou Bamba MBacké sont relégués au rang de simples curiosités historiques. Au lieu de réfléchir et d’agir pour donner du sens à ce jour qui peut, malgré tout, devenir important pour la nation, nos dirigeants se contentent de rituels, de discours aériens et fades.
C’est pourquoi, en tant que citoyen sénégalais, fier de ce que je suis, je ne me retrouve pas dans la forme actuelle de célébration du 4 avril. Je ne vois pas quel sens peut-on donner à un défilé militaire ou à des décorations dans un pays où l’armée n’existe que de nom tellement elle végète dans l’indigence absolue, tellement ses missions et ses priorités sont mal définies. 
A l’heure où j’écris ces lignes, une patrouille espagnole s’apprête, à l’intérieur de notre territoire, à prendre le large ou en revenir. Eh oui, dans le cadre du FRONTEX, notre gouvernement a vendu notre souveraineté en permettant à des forces étrangères de contrôler nos frontières maritimes et en laissant à la France le droit de garder ses soldats dans notre pays sans aucun droit de regard de nos forces nationales sur leurs mouvements.
Et que dire de nos policiers ou gendarmes qui continuent, en toute impunité, d’opprimer leur propre peuple, d’humilier, au quotidien leur propre peuple à la manière, hier, des colonisateurs et esclavagistes français. Mon propos se nourrissant de ce spectacle hallucinant où des « blancs » sont laissés libres de circuler sur les plages de Saly portudal ou au sein des ministères alors même que des policiers ou des gendarmes vous barrent la route parce que vous êtes …noir. Comment comprendre que 57 ans après les indépendances, la justice soit, toujours rendue, comme à l’époque coloniale, dans le sens d’humilier les simples gens et de courber l’échine devant les puissants, les dominateurs ?
Le 4 avril pour qu’elle soit une fête vraiment nationale devrait être le moment d’une remise en question profonde sur ce que veut dire être sénégalais. De ce point de vue la fierté nationale devrait commander, par exemple, que nous renoncions définitivement à l’aide au développement qui continue de peser, dangereusement, sur notre indépendance. A quoi nous sert-il, en effet, de nous endetter, chaque jour davantage, si les dettes que nous contractons ne peuvent servir à résoudre les problèmes qui sont prioritaires pour notre peuple ?
La fête nationale qui devrait être un moment fort d’exaltation de valeurs communes, de la fierté nationale, tombe dans la frivolité dès lors que les dirigeants restent confinés à la résolution de problèmes non essentiels ou non prioritaires pour l’avenir commun.
En cette veille du 4 avril 2017, je vais me coucher, sans dormir, pensant et repensant au sens du sacrifice des femmes de NDer et à la grande Aline Sitoe Diatta, au moment précis où l’armée coloniale, là-bas à Dekheulé, assassinait, lâchement, Lat Dior NGoné latyr ou encore à la solitude des compagnons du parti africain de l’indépendance, sacrifiant leur vie, à servir une idée noble du Sénégal et des sénégalais libres. Au-delà de leurs souffrances passées, la mienne propre, en ce moment, à demeurer impuissant à donner sens à leurs sacrifices, je me permets de vous demander ce que peut, bien signifier, la fête du 4 avril ?.
Mais, malgré tout, puisse Allah, swt, nous inonder de sa bénédiction et nous maintenir dans la paix !

 L'auteur  Tamba Danfakha
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Tamba Danfakha
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