Perspectives économiques en Afrique 2018: une croissance sans emploi?

  • Source: : RFI | Le 06 février, 2018 à 02:02:17 | Lu 1949 fois | 5 Commentaires
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Perspectives économiques en Afrique 2018: une croissance sans emploi?

L’édition 2018 du rapport de la Banque africaine de développement consacrée aux Perspectives économiques en Afrique met l’accent sur la résilience retrouvée des économies africaines par rapport aux chocs mondiaux et intérieurs. Selon les projections macroéconomiques que met en relief ce rapport, la croissance s’est accélérée en Afrique en 2017 et devrait se poursuivre en 2018 et 2019. Les rédacteurs du rapport appellent les Etats à investir dans la diversification de leurs économies afin que la croissance enregistrée puisse devenir réellement inclusive.

Lancée à Addis Abeba pendant le récent sommet de l’Union africaine, le rapport de la Banque africaine de développement (BAD), qui traditionnellement évalue la situation économique annuelle du continent et ses perspectives d’avenir, se veut particulièrement optimiste cette année.

Dans l’édition 2018 de leur publication phare, les économistes de la BAD tablent sur une croissance du Produit intérieur brut de l’Afrique de 4,1% pour l’année en cours. Elle était tombée à 3,6% en 2017 et 2,2% en 2016. Les prévisions de l’institution panafricaine se révèlent être nettement supérieures aux projections plus prudentes de la Banque mondiale qui, elle, prévoit une croissance moyenne de 3,2% pour le continent pour 2018.

« Dans l’ensemble, la reprise de la croissance a été plus rapide que prévu », écrit dans l’avant-propos du Rapport Akinwumi Adesina, président de la BAD depuis 2015, attirant l’attention sur la situation particulièrement positive des économies africaines qui, du fait d’une conjoncture mondiale favorable « disposent aujourd’hui d’une série d’options, en plus de leurs ressources nationales et de l’aide étrangère, pour financer leurs investissements ».

Des chiffres clés sur la performance et les perspectives

Réparti en 4 grands chapitres qui traitent respectivement de « performances et perspectives macroéconomiques de l’Afrique », « croissance, emploi et pauvreté en Afrique », « les infrastructures africaines : un potentiel considérable, mais un impact limité sur la croissance équitable » et « financement de l’infrastructure en Afrique : nouvelles stratégies, nouveaux mécanismes et instruments », le document compte également de brèves notes sur les 54 pays du continent.

C’est la première fois depuis sa parution initiale en 2003 que le rapport annuel de la BAD est présenté en janvier et pas en mai, apparemment à l’initiative du président de la banque qui souhaite que son institution soit désormais la première chaque année à fournir les chiffres clés sur la performance et les perspectives macroéconomiques de l’Afrique. Les perspectives économiques régionales pour les cinq sous-régions qui « mettent l’accent sur les domaines prioritaires de préoccupation pour chaque sous-région et fournissent une analyse du paysage économique et social », seront, elles, publiées en mai, à l’occasion de la tenue des assemblées annuelles de la banque.

C’est aussi la première fois que ce rapport annuel de la BAD a été rédigé par les experts du groupe, contrairement aux précédents rapports qui étaient produits en collaboration avec les économistes rattachés aux organisations internationales telles que l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) ou le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud).

Résilience retrouvée des économies africaines

Présentant le document, intitulé cette année « Perspectives économiques en Afrique : financements innovants pour le développement de l’infrastructure », les responsables de la BAD ont mis l’accent à Addis Abeba sur la « résilience » retrouvée des économies africaines. Pour les experts de la banque, si la reprise a été plus rapide que prévu, c’est essentiellement parce que « les fondamentaux économiques et la résilience se sont améliorés dans plusieurs pays africains ». Au point que, écrivent les rédacteurs du Rapport 2018 des perspectives économiques, « dans certains (pays), la mobilisation des ressources intérieures dépasse désormais celle de pays d’Asie et d’Amérique latine dont les niveaux de développement sont comparables ».

Selon Dr Célestin Monga, économiste en chef à la BAD et coordonnateur à ce titre de ses publications spécialisées, cette reprise est essentiellement due au redressement de l’économie mondiale et la demande intérieure soutenue dans les pays africains. A ces facteurs s’ajoutent, la vitalité des exportations qui profitent de l’amélioration de la conjoncture économique internationale, a expliqué Dr Monga, prenant la parole lors du lancement du Rapport de la banque au sommet de l’UA.

Forum d'investissement à Johannesburg

Or comment rendre cette croissance soutenue ? Comment s’assurer qu’elle profite à l’ensemble de la population et permette aux Etats de réduire le chômage et la pauvreté qui constituent les principaux défis auxquels le continent africain est aujourd’hui confronté ? Les taux de croissance élevés ne se sont pas automatiquement accompagnés de taux élevés de croissance de l’emploi, regrettent les experts de la BAD, précisant dans leur rapport que seuls cinq pays, à savoir l’Algérie, le Burundi, le Botswana, le Cameroun et le Maroc, ont enregistré parallèlement une croissance de l’emploi de plus de 4%.

« Des politiques macroéconomiques et soutenues sont nécessaires pour créer les incitations et l’environnement des affaires dont le secteur privé a besoin pour jouer son rôle », écrit le président de la BAD. Selon ce dernier, les stratégies à mettre en œuvre passent par la diversification économique qui « est essentielle pour la résolution des problèmes du continent ». Et Akinwumi Adesina d’ajouter : « La première priorité est d’adopter des stratégies de croissance visant à absorber la main-d’œuvre. Une deuxième priorité est d’investir dans le capital humain, en particulier dans le développement des compétences entrepreneuriales des jeunes, afin de faciliter la transition vers des secteurs modernes à haute productivité ».

On ne s’étonnera donc pas que le thème particulier étudié dans le rapport cette année soit l’investissement massif requis dans le domaine des infrastructures. Selon les économistes de la BAD, les besoins d’infrastructure de l’Afrique se chiffrent entre 130 et 170 milliards de dollars américains par an, en hausse par rapport aux précédentes estimations qui se situaient à 93 milliards de dollars. Pour répondre à cette demande, la Banque panafricaine propose d’organiser un Forum de l’investissement en Afrique les 7 et 8 novembre prochain à Johannesburg, en Afrique du Sud.


Auteur: RFI - RFI






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Commentaire (2)


Anonymous25 En Février, 2018 (08:31 AM) 0 FansN°: 1
La croissance est l'augmentation de la valeur ajoutée. La valeur ajoutée rémunère les facteurs de production (capital et travail, essentiellement). On vit dans un monde capitaliste. Donc, la valeur ajoutée ne rémunère que faiblement le travail et la quasi-totalité rémunère le capital. Au Sénégal, comme dans les autres pays en développement, le capital n'appartient pas aux nationaux. D'où la croissance qui appauvrit les nationaux et enrichit les étrangers. Et nous continuons de nous demander pourquoi la croissance ne se mange pas.
Anonyme En Février, 2018 (08:45 AM) 0 FansN°: 2
comment rendre cette croissance soutenue ? Comment s’assurer qu’elle profite à l’ensemble de la population et permette aux Etats de réduire le chômage et la pauvreté qui constituent les principaux défis auxquels le continent africain est aujourd’hui confronté ?
Reply_author En Février, 2018 (08:49 AM) 0 FansN°: 1
les fruits de la croissance sont aussi récupérés par la classe sociale au pouvoir (politique et économique) et ne profite pas à la population
Reply_author En Février, 2018 (08:50 AM) 0 FansN°: 1
akinwumi adesina d’ajouter : « la première priorité est d’adopter des stratégies de croissance visant à absorber la main-d’œuvre. une deuxième priorité est d’investir dans le capital humain, en particulier dans le développement des compétences entrepreneuriales des jeunes, afin de faciliter la transition vers des secteurs modernes à haute productivité ».

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