A Gaza, la contestation s'enracine devant la frontière

  • Source: : Seneweb.com | Le 13 avril, 2018 à 23:04:37 | Lu 951 fois | 0 Commentaires
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A Gaza, la contestation s'enracine devant la frontière

Un Palestinien a été tué et cent-vingt autres ont été blessés par balle à l'occasion de la troisième journée de la «marche du retour». Pour la troisième semaine consécutive, plusieurs milliers de manifestants se sont rassemblés, vendredi, sur le «camp du retour» de Malaka, à l'est de la ville de Gaza. Une partie de cette foule a défié les soldats israéliens, massée en rangs serrés à environ 150 mètres de la clôture, dans une ambiance à la fois festive et frondeuse.

L'armée affirme avoir recensé plusieurs tentatives d'endommager ou de franchir la clôture, ainsi qu'une attaque à l'engin explosif et plusieurs jets de cocktails Molotov. La grande majorité des «marcheurs», cependant, était venue les mains vides ou munie de simples catapultes. Les plus inconscients ont tenté sans répit de s'attaquer aux points faibles de la barrière, symbole de leur enfermement. Un homme de 28 ans a été tué par des tirs israéliens. Cent-vingt autres ont été blessés par balles et quatre cents ont été traités après avoir inhalé des gaz lacrymogènes ou reçu des projectiles en caoutchouc.

Ce bilan est sensiblement moins lourd que ceux des deux vendredis précédents. La foule, répartie sur cinq campements du nord au sud de la bande de Gaza, était, de l'avis général, plus clairsemée. On ignore par ailleurs si l'armée israélienne a modifié ses consignes après avoir été accusée, notamment par la France, de pratiquer des «tirs indiscriminés» contre les manifestants. Vingt-six Palestiniens avaient été tués par balles et plus de 1300 avaient été blessés à l'issue des rassemblements du 30 mars et du 6 avril. Le ministre israélien de la Défense, Avigdor Lieberman, a laissé entendre que les consignes de fermeté ont été maintenues malgré les critiques. «De semaine en semaine, il y a moins d'émeutiers, s'est-il réjoui en fin de journée sur son compte Twitter. Notre détermination a été très bien comprise de l'autre côté.»

En début d'après-midi, les manifestants de Malaka se sont déployés aux abords de la clôture comme ils l'auraient fait sur un vaste terrain de jeu. Les uns pilotent des cerfs-volants aux couleurs du drapeau palestinien. D'autres somnolent en famille à l'abri d'un talus. Certains portent des masques ou sont déguisés en clowns. On brûle tantôt l'étendard israélien, tantôt une effigie du prince héritier d'Arabie saoudite, Mohammed Ben Salman. Lorsqu'un tir claque, c'est toute la foule qui se baisse comme un seul homme. Dans le ciel, un drone virevolte sous les regards inquiets. Il s'agit d'un nouveau venu, tout juste sorti des laboratoires israéliens. Dès que l'engin crache une grenade lacrymogène, une nuée d'adolescents se met à courir pour la jeter dans un seau d'eau ou l'enfouir sous un tas de sable. On pourrait se croire à un match de base-ball, si des enfants emmenés là par leur famille n'éclataient pas régulièrement en sanglots à cause des gaz irritants.

Les revendications, comme les mouvements de foule, partent dans tous les sens. Ilam al Moaten, 22 ans, réclame le «retour» des 1,3 millions réfugiés établis à Gaza dans les villes et les villages dont leurs grands-parents durent partir en 1948. Le visage enveloppé dans le drapeau de la Palestine, elle tient dans la main droite une fronde qu'elle manie avec la même détermination que les garçons. Intissar Abou Hassaneh voudrait que Donald Trump revienne sur sa décision de reconnaître Jérusalem comme la capitale d'Israël. «Si Dieu le veut, dit cette sexagénaire coiffée d'une casquette bleu et blanc, notre mouvement se poursuivra jusqu'à ce qu'on le fasse reculer.» Dans le cas contraire, elle assure que des centaines de milliers de manifestants franchiront la clôture le 15 mai prochain, date commémorant le départ forcé de 700.000 Palestiniens lors de la création d'Israël.

« Je suis prêt à mourir pour Jérusalem, même si cela signifie que je laisserai derrière moi ma femme et mes quatre enfants.» Mahmoud al-Halabi, 27 ans

 

Quelques dizaines de mètres devant le premier rideau de manifestants, les plus intrépides campent à portée de voix des soldats. Les uns font tournoyer leur catapulte, d'autres poussent des pneus enflammés. D'autres encore se sont allongés dans l'herbe comme s'ils s'apprêtaient à pique-niquer. Mahmoud al-Halabi, 27 ans, a profité du calme de la matinée pour aller planter un drapeau sur la clôture. Les militaires israéliens l'ont laissé faire, bien qu'ils accusent le Hamas d'avoir récemment implanté des engins explosifs le long de la barrière sous couvert de rassemblements pacifiques. Fin décembre, Mahmoud a été blessé d'une balle au mollet droit alors qu'il manifestait contre la décision de Donald Trump. «Je suis prêt à mourir pour Jérusalem, dit-il, même si cela signifie que je laisserai derrière moi ma femme et mes quatre enfants.»

Cinq-cents mètre en arrière, près des tentes et des stands de nourriture qui composent le «camp du retour», les représentants des factions palestiniennes s'efforcent de donner sens à cette mobilisation brouillonne et inédite. Bassem Naïm, haut responsable du mouvement islamiste Hamas, explique que «les Palestiniens ont décidé de briser les portes de leur prison». S'ils manifestent, dit-il, c'est à la fois dans le but de réclamer le «retour» des réfugiés sur la terre de leurs ancêtres mais aussi pour obtenir la levée du blocus imposé depuis dix ans à l'enclave côtière. Et puis il y a ce fameux «accord du siècle», par lequel Donald Trump rêve de mettre fin au conflit israélo-palestinien. Mille rumeurs courent sur son contenu, que le Hamas rejette par avance. L'une d'elles laisse entendre que le président américain veut réinstaller les réfugiés dans la péninsule égyptienne du Sinaï. «Grâce à notre marche nous allons faire échouer ce projet fou», assure Bassem Naïm.

aoud Shihab, croisé un peu plus loin, représente le Djihad islamique. Cette faction, tout comme le Hamas, dit avoir accepté de mettre en sommeil ses activités militaires pour laisser sa chance à la «marche du retour». «Nous voulons ainsi montrer que notre peuple ne veut pas la mort, qu'il réclame juste à pouvoir vivre sur sa terre.» Et après? Après, les choses se corsent. Chacun pressent confusément que ce ne sont pas des dizaines de milliers de manifestants ni quelques dizaines de morts qui feront céder l'Etat hébreu sur des questions aussi essentielles que celle du blocus ou des réfugiés. Le «retour» des 5 millions de Palestiniens qui sont pour la plupart nés après 1948, mais bénéficient de ce statut, mettrait immédiatement fin au caractère juif de l'Etat. «Ce mouvement est un test pour la communauté internationale, lance Khaled al-Batsh, un autre dirigeant du Djihad islamique. Va-t-elle continuer à rester les bras croisés face aux crimes de l'occupation où se décidera-t-elle enfin à porter secours au peuple palestinien?»

Les factions, ainsi que les représentants des grands clans et de la société civile qui siègent au sein du comité d'organisation, ont un peu plus d'un mois pour imaginer la suite. Certains proposent d'inscrire cette mobilisation non-violente dans le long terme, sur le modèle de la première intifada. D'autres estiment que seul le recours à la lutte armée leur permettra d'obtenir gain de cause. Mohammed, 40 ans, parle d'un «moment de flottement». Ses fils de cinq et six ans, Abdallah et Ahmed, l'ont accompagné, vendredi, à la «marche du retour». Ravis de piétiner le grand drapeau israélien étalé à l'entrée du camp, tous deux avaient revêtu un treillis et une veste militaire. «Les voir intégrer un jour les forces de la résistance serait pour moi une très grande fierté, explique leur père. Mais je rêve parfois que notre mobilisation pacifique leur permettra de connaître la paix…»


Auteur: lefigaro.fr - Seneweb.com






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