Compétitivité Des Entreprises Sénégalaises : La politique de l’Etat mise en cause

  • Source: : EnquetePlus | Le 18 décembre, 2017 à 22:12:11 | Lu 2076 fois | 1 Commentaires
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Compétitivité Des Entreprises Sénégalaises : La politique de l’Etat mise en cause

La compétitivité des entreprises sénégalaises face aux multinationales est commandée par un ensemble de facteurs qu’il urge de prendre en charge. Mais le constat est que l’Etat ne semble pas pressé à appuyer ses champions. Le thème a fait l’objet de plusieurs interventions, lors d’une conférence organisée samedi par l’Amicale des anciens enfants de troupe (Aaet). 

Les infrastructures, la politique industrielle, la monnaie, l’accès au crédit, aux marchés publics, la gestion de la concurrence par l’Etat, etc. Ce sont là autant de défis à relever pour les entreprises sénégalaises afin de faire face aux multinationales. ‘’La compétitivité des entreprises sénégalaises face aux multinationales est grevée par un ensemble de facteurs qui sont de nature complètement différents. Cela va du dialogue social qui ne se pratique pas aux coûts des facteurs de production, en passant par les questions politiques. Parfois, nos pays manquent de volonté politique de s’affranchir et de conquérir leur souveraineté économique’’, a souligné l’ancien ministre du Plan El Hadj Ibrahima Sall. Il s’exprimait hier au cours d’une conférence publique organisée par l’Amicale des anciens enfants de troupe (Aaet).

Selon M. Sall, plus les infrastructures sont intéressantes, plus elles vont profiter aux entreprises sénégalaises dans leur conquête des marchés extérieurs, à condition qu’elles en bénéficient. ‘’On pense qu’il y a un marché qui fonctionne très bien et pour lequel tous les gens sont égaux. Mais, dans la vie pratique, quand on analyse la concurrence entre nos entreprises et les multinationales, on se rend compte qu’il n’y a pas d’égalité. C’est fait de luttes, d’inégalités et de dominations. Il y a des firmes dominantes comme les multinationales. Il y a celles dominées’’, a-t-il expliqué. Et le pire, dit-il, c’est que ‘’les firmes dominantes ont, à leur disposition, des économies dominantes et celles dominées se reposent sur les économies dominées. Le tout dans un contexte où les institutions internationales vont jouer en leur faveur’’.

L’ancien ministre en charge du Plan sous Abdou Diouf a affirmé qu’aujourd’hui, le monde de l’entreprise au Sénégal est un espace de dominations où il y a de la ‘’dissymétrie, de l’irréversibilité’’, qui font que ceux qui sont plus forts le deviennent de plus en plus. Pour lui, la question de la compétitivité ne peut pas être lue comme celle de la concurrence. ‘’La concurrence tue la concurrence et quand on la laisse faire, les grands finissent par s’imposer et les petits disparaissent. C’est la raison pour laquelle les questions de régulation sont extrêmement importantes. Il faut avoir des politiques publiques et l’Etat sénégalais ne peut pas rester indifférent devant cela. A moins qu’il dépende des grandes firmes occidentales, notamment françaises’’, a-t-il déclaré. La posture de l’Etat pose, selon M. Sall, un problème de souveraineté économique, une question de liberté sur le pétrole, les ressources naturelles, la part du marché des entreprises locales.

‘’La politique industrielle a disparu’’

Aujourd’hui, ajoute-t-il, il manque, de la part de l’Etat, une politique industrielle qui intervient en amont pour organiser les entreprises à mieux répondre aux appels d’offres. ‘’La politique industrielle qui s’occupait de cela a disparu. Le ministère de l’Industrie fait tout sauf de la politique industrielle’’, regrette-t-il. Quant à l’Apix, renchérit-il, son rôle se limite à faire la promotion de l’investissement, en particulier l’investissement direct étranger.

Dès lors, l’ancien ministre du Plan ne manque pas de faire remarquer les ‘’bilans dérisoires’’ des institutions financières sénégalaise telles que la Banque de l’habitat, la Bnde, la Cnca, face à la Cbao Attijari qui ‘’prend tout’’. ‘’Il n’y a pas, en face, une agence nationale des participations de l’Etat qui pouvait avoir une mission stratégique sur les banques et la politique industrielle que nous devrions mener. Elle n’existe pas, ce n’est pas une préoccupation’’, a-t-il regretté.

Autant que la politique industrielle, celle monétaire doit aussi être ‘’mise à contribution’’, pense-t-il. M. Sall est de ceux qui pensent que les entreprises ne peuvent pas utiliser le franc Cfa comme billet, parce qu’elles sont contraintes par la monnaie la plus forte. De la même manière que les deux aspects précédents, il faut aussi une politique de concurrence qui, à ses yeux, est ‘’capitale’’, afin d’éviter qu’il y ait des positions dominantes permettant aux gros d’imposer leurs lois. ‘’Au Sénégal, il y a une commission nationale de la concurrence dont le mandat a expiré depuis 2 ans.

En plus, il y a un conflit avec l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa). Parce que celle-ci, dans une mauvaise interprétation des articles 88 et 89 du traité, pense qu’elle seule doit s’occuper de la définition de la politique commerciale de concurrence dans la sous-région’’, a déploré M. Sall. Ce dernier estime que la commande publique  dans les  différents pays devait aider le secteur privé africain. Mais faudrait-il que la classe dirigeante et les institutions régionales en soient  conscientes. ‘’Il y a de l’affaiblissement potentiel dans tout le circuit que nous devrons adresser. Nous avons besoin d’une politique commerciale qui regarde un peu les enjeux. On doit aider nos dirigeants afin qu’ils les comprennent. Cela suppose aussi que le corps de conseillers qui tourne autour des instances les plus hautes, soit  compétent’’, a-t-il dit.

Makhtar Cissé : ‘’Le premier facteur, c’est l’accès et le coût de l’énergie’’

Ce problème de compétitivité a aussi été souligné par le directeur général de la Senelec Mouhamadou Makhtar Cissé. ‘’Rien que dans le stricte cadre du marché sénégalais, nos entreprises ne sont pas compétitives. Le premier facteur, c’est l’accès et le coût de l’énergie. Même si on arrive à améliorer l’accès, le problème du coût reste entier’’, a-t-il reconnu. Il y a également les tracasseries administratives et les lenteurs judiciaires qui, d’après lui, sont aussi deux contraintes principales qui pèsent sur l’économie sénégalaise et donc sur toutes les entreprises nationales. Pour renverser la tendance, M. Cissé considère que l’Etat doit assumer les trois fonctions économiques qui sont les siennes, à savoir l’allocation des ressources, la redistribution de la richesse et la régulation de l’économie, tout en ayant à l’esprit les avantages à accorder aux entreprises sénégalaises.

L’ancien enfant de troupe rappelle que la compétition internationale est ‘’âpre, dure’’. ‘’Il faut se battre, travailler dur pour obtenir des résultats. Si nous ne faisons pas de l’entreprise la clé de notre émergence, une institution connue, respectée depuis l’école, nous ne pourrons pas nous en sortir. Il faut que cela soit inculqué à nos jeunes, aux citoyens sénégalais dès le jeune âge. Que l’entreprise est une institution, qu’elle doit être aussi sacrée que la mosquée et l’église’’, a-t-il préconisé.

Pour Mouhamadou Makhtar Cissé, c’est une culture qui s’apprend, qui s’inculque dans l’esprit des générations, sachant que ce sont les hommes qui font le développement, la compétitivité. ‘’L’intégration économique telle que c’est conçu aujourd’hui dans l’espace Uemoa et Cedeao, n’a aucun avenir. C’est d’abord une question politique. Je fais partie de ceux qui pensent qu’un code électoral communautaire apporterait plus à notre espace que celui des investissements’’, a-t-il renchéri. De l’avis de  M. Cissé, tout part de la stabilité, du climat social apaisé et de la confiance qu’il peut y avoir dans les pays. Or, ‘’les pays en Afrique brûlent à partir du processus électoral. Il faut qu’on construise un Etat de droit économique, si on veut être compétitif et gagner des batailles du futur’’.

Mor Mbengue, chef d’entreprise : ‘’Nous sommes contraints de subir les lois du marché’’

La situation actuelle impose donc aux entreprises nationales de se frotter aux multinationales. D’où les complaintes des employeurs. ‘’Nous sommes contraints de subir les lois du marché. Parce qu’il nous manque une véritable politique économique. (…) La concurrence, c’est dans le marché domestique’’, déplore Mor Mbengue, chef d’entreprise évoluant dans l’agroalimentaire. Selon lui, les grandes puissances permettent à leurs firmes d’exporter leurs produits dans le continent. Et lorsque les entreprises africaines doivent prendre le chemin inverse, elles se mettent dans une logique protectionniste, en mettant  des barrières infranchissables. Quant au marché intérieur, ils ont, selon lui, un espace qui ‘’ne permet pas d’être compétitif’’. Par exemple, le cadre juridique et fiscale est encore ‘’très lourd’’. ‘’Ce qui peut sauver l’entreprise, c’est d’aller vers l’innovation, aller sur des segments où les multinationales ne sont pas encore présentes. Nous n’avons pas les capacités et le soutien politique et économique en tant qu’entreprise qui nous permettent, aujourd’hui, de faire face à ces multinationales’’, a-t-il confié.

En réalité, quand on est dans une concurrence, reconnait le directeur général du Fonsis, Pape Demba Diallo, on cherche à ‘’être fort, à avoir des avantages concurrentiels’’. ‘’Or, lorsqu’on est dans un pays, les avantages concurrentiels commencent par la puissance de ce pays. Il faut qu’on l’accepte et qu’on travaille sur cette base. Lorsqu’on met de côté les aspects politiques, une entreprise doit avoir une structuration financière optimale, le marché le plus grand possible. Donc, il faut être le plus gros possible. Pour se développer, il faut des fonds propres. Il se trouve qu’au Sénégal, beaucoup d’entreprises ont ce problème pour grandir’’, a-t-il évoqué. En fait, note-t-il, les marchés sont assez structurants. Or, les entreprises sénégalaises ‘’n’ont pas toujours l’expertise’’. ‘’C’est la carte que nous essayons de jouer au Fonsis. Notre ambition, c’est de construire des champions nationaux’’, a renseigné M. Diallo.

Quoi qu’il en soit, le directeur de la Bourse régionale des valeurs mobilières (Brvm), Pierre Goudiaby Atépa, lui s’est déjà fait sa religion : ‘’La vérité, c’est que tant que l’Etat ne s’engage pas à coté des entreprises sénégalaises, les choses ne vont pas changer.’’ 


Auteur: Mariama DIEME - EnquetePlus

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Commentaire (1)


Anonyme En Décembre, 2017 (10:36 AM) 0 FansN°: 1
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